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Notre projet pédagogique

Les différentes approches pédagogiques mobilisées à L'Esperluette ont pour point commun de nous situer dans un enseignement dit "à pédagogies actives". Nous nous inspirons des propositions de différents pédagogues (Freinet, Decroly, Montessori, Peterson, la Garanderie, ...) et nos choix sont éclairés par les recherches en neurosciences affectives, cognitives et sociales. Le tout s’inscrit dans un cadre d’apprentissage en adéquation avec les valeurs humanistes de notre établissement pour construire un ensemble cohérent.

 

Un regard bienveillant et stimulant

Les recherches mettent en évidence l'importance d'une prise en compte constante du développement du cerveau de l'enfant dans les processus d'apprentissage, que ces derniers soient de l'ordre de l'acquisition des savoirs et des compétences ou de l'ordre du relationnel et de l’accueil des émotions. A ce titre, nous apportons une attention toute particulière à la posture adoptée par nos enseignant·e·s.

La posture de l’adulte qui éduque est en effet un ingrédient indispensable pour assurer la cohérence de nos propositions pédagogiques. Cette posture requiert la conscience de notre responsabilité vis-à-vis de l’enfant qui nous est confié et consiste principalement à trouver un équilibre délicat entre fermeté bienveillante et foi en les capacités de l’autre. Catherine Guéguen le souligne très bien : "...l'enfant et l'adolescent ont absolument besoin de relations empathiques, chaleureuses et soutenantes pour se développer de façon harmonieuse (...) ce lien affectif permet aux êtres de développer leurs capacités cognitives et sociales, de mieux apprendre, de développer une pensée libre, de se sentir solidaires, responsables d'eux-mêmes et du monde, et heureux de vivre."
La créativité pédagogique est donc un art dont l'empathie est le pinceau!

Prendre le temps

Nous refusons la pédagogie de l’immédiateté. Dans un monde qui va de plus en plus vite, nous voulons apprendre aux enfants à se poser, à respecter leur rythme ; favoriser le plaisir d’apprendre et le goût du travail bien fait. Nous ne résistons pas à l’envie de citer ici Philippe Meirieu : 
“Décélérons donc dans nos écoles. Pour cela, relativisons la pression éducative, recentrons les apprentissages sur les concepts clés et les œuvres essentielles, ces éléments structurants dont la rencontre constitue de véritables ébranlements pour le sujet, à partir desquels il peut franchir des étapes décisives. Et prenons le temps. Faisons cadeau à nos élèves d’instants de silence. Dilatons les moments consacrés à la réflexion personnelle. Proposons des démarches de recherche sur la durée, sans imaginer que l’élève construira son savoir tout seul, mais en travaillant au plus près de lui pour qu’il intériorise, grâce à notre accompagnement, l’exigence de précision, de justesse et de vérité. Organisons des ateliers de philosophie dès l’école primaire, avec des débats minutieusement préparés et soigneusement régulés, aux règles explicites et aux acquis identifiés. Inscrivons tout cela dans une gestion du temps plus sereine au sein de l’école et de l’établissement. Et, surtout, n’intériorisons pas nous-mêmes la dictature de l’urgence, au risque d’évincer de l’enceinte de l’école tout véritable apprentissage de la pensée.” 
Tout est dit.

Offrir du beau

Mettre l’école au tempo des apprentissages et de l’acquisition des savoirs - et non l’inverse - permet de développer une autre facette : le souci esthétique. De la publication des textes libres aux traces conservées dans les cahiers, le “beau” guide nos choix et notre niveau d’exigence, tout en reconnaissant les limites dues à son côté subjectif, et sans économiser une miette du nécessaire processus de tâtonnement expérimental. Cela induit d’apprendre à se corriger plusieurs fois, à sculpter son œuvre avec précision, à se donner le temps de l’artisan dans toute son individualité créatrice. Il ne s’agit donc pas d’un canon prédéfini qu’il s’agirait d’atteindre. Nous voulons surtout par cette démarche amener l’enfant à être fier.e de son travail, l’aider à définir son niveau d’exigence, développer chez lui le goût du travail bien fait et encourager une  recherche de satisfaction qui alimente le courage nécessaire à l’apprentissage. 


Cette volonté esthétique influence également nos choix liés à l'aménagement intérieur de l’école. Un soin tout particulier est accordé à la création d’une atmosphère conviviale et propice au travail : des classes spacieuses, lumineuses, organisées et épurées favorisent le foisonnement intellectuel. Le matériel est mis à disposition des enfants et le mobilier est adapté. Nous privilégions des matériaux naturels de qualité et chaque classe est prolongée par un espace extérieur, qui permet d’ouvrir encore l’espace. Un grand local commun, appelé Agora, accueille régulièrement tous les élèves et devient tour à tour scène de théâtre, salle d’exposition ou simplement lieu de rassemblement. 



Nos pratiques sont ainsi guidées par le souci constant de nourrir chez l’enfant un lien de qualité avec lui-même, les autres et son environnement.

Une pédagogie globale

Nous nous adressons à la personnalité entière de l’enfant, et souhaitons lui permettre de développer ses aptitudes intellectuelles, mais aussi physiques, émotionnelles, relationnelles, morales et artistiques. 
Les matinées sont réservées aux apprentissages dits académiques (français, mathématiques, éveil historique, géographique et scientifique, apprentissage du néerlandais) et les après-midis sont dédiés à des ateliers manuels, artistiques, sportifs, philosophiques, d’éducation à la citoyenneté. En maternelles, des ateliers sensoriels et la variété du matériel mis à disposition des enfants permettent l’apprentissage par le corps. 
Dans toutes les classes, nous veillons à proposer un panel d’activités qui respectent les goûts et la personnalité de chacun, parmi lesquelles l’enfant sera libre de choisir, tout en étant conscient des compétences à acquérir grâce à un système de “balises”, inspiré des ceintures de compétences de Fernand Oury. L’adulte accompagne bien sûr l’enfant dans ces démarches, le guide et le conseille. Chaque journée d’école se termine ainsi par un moment de bilan, pour faire le point sur ce qu’on a compris, ce qu’on a appris, ce que l’on voudrait encore explorer. 
Des activités de recentrage (yoga, méditation de pleine conscience, braingym, ...) pratiquées régulièrement, à des moments-clé de la journée et de la semaine, constituent des outils précieux pour ouvrir un espace de calme et de lenteur permettant d’harmoniser le corps, le cœur et l’esprit.
En outre, chaque année, un projet théâtre fédère et rassemble tous les acteurs de l’école, du plus petit au plus grand, autour d’un même objectif, qui transcende toutes les matières et qui valorise les talents de chacun.

Une pédagogie de la coopération

Une des caractéristiques de l'École est sa volonté de construire du commun. Il ne s’agit pas simplement d’apprendre, mais d’apprendre ensemble, d’évoluer en tant que collectif, tout en respectant la singularité de chacun. Voilà comment nous avons l’intention de relever le défi :

la différenciation

Chaque enfant est unique. Les différences existent, et il serait vain de tenter de les gommer. Nous nous appuyons sur la diversité pour favoriser l’enrichissement de tous et proposer un modèle coopératif qui remplace le modèle compétitif traditionnellement mis en œuvre. Nous respectons toutes les formes d’intelligence et le patrimoine culturel de chacun. La différenciation est donc au cœur de nos préoccupations ; nos classes verticales rassemblent des enfants d’âges différents pour permettre une entraide spontanée, et une transmission plus naturelle des apprentissages. La gestion mentale d’Antoine de la Garanderie aide chacun à prendre conscience de ses “chemins pour apprendre”, afin de pouvoir les partager et les échanger. Dans ce cadre, les enfants apprennent, non pas à “copier”, mais à “co-piller”, à construire ensemble les savoirs. Chaque élève prend tour à tour une position de débutant, puis d’expert en passant par une étape intermédiaire où l’apprentissage est en bonne voie, mais pas encore automatisé. Le plan de travail personnalisé aide l’élève à organiser son propre travail et à se situer dans son parcours d’apprentissage.

le vivre ensemble

Pour pouvoir coopérer, il faut être capable de communiquer. Chaque semaine, le conseil de classe, qui est alimenté par les écrits des enfants (je félicite/je remercie, SOS j’ai besoin d’aide, je propose), nous donne l’occasion de découvrir et d’assimiler les notions de communication non violente qui nous seront utiles au quotidien. Nous apprenons aussi à nous connaître, à identifier nos émotions et nos besoins, ainsi que ceux de l’autre, et explorer de cette manière l’empathie. Les ateliers philo, quant à eux, facilitent le développement d’une pensée critique construite et respectueuse de la parole d’autrui. 
La coopération ne se limite pas à créer du lien entre les enfants, ni entre les élèves et l’équipe éducative. Nous voulons également promouvoir la co-éducation, en accordant une attention particulière à la collaboration avec les parents, au travers d’une présence active de ceux-ci dans l’école (bibliothèque, informatique, ateliers, sorties, journées bricolage, fêtes, …) et par un dialogue permanent et constructif basé sur une confiance réciproque (conférences, débats, rencontres parents/professeurs à l’occasion des bilans, etc.) .

Une pédagogie active

Pratiquer une pédagogie active, c’est bien sûr autoriser le mouvement dans un cadre bien précis : se déplacer librement pour aller boire, se rendre aux toilettes, choisir l’endroit le plus adéquat pour travailler ou aller consulter un livre dans la bibliothèque. 
C’est également favoriser la manipulation : par là, nous entendons l’utilisation de matériel concret destiné à faciliter l’apprentissage de notions abstraites par le contact avec le monde réel, car “Les mains sont l’instrument de l’intelligence humaine.”, comme Maria Montessori l’écrivait. “Apprendre en faisant” est essentiel pour favoriser l’engagement de l’apprenant. Il s’agit aussi d’écrire pour de vrai, de lire pour de vrai, de calculer pour de vrai.
Enfin,  c’est surtout permettre à l’enfant de prendre conscience de son activité mentale et apprivoiser ainsi les processus d’apprentissages qui lui sont spécifiques, notamment en l’initiant aux outils de métacognition. Apprendre suppose en effet de transformer ses représentations. Dans cette optique, la “gestion mentale” (déjà citée plus haut) constitue un précieux atout pour apprendre à apprendre. 
Pour travailler dans ce contexte, il est primordial d’accorder à l’erreur sa juste place : loin d’être une faute, elle est simplement le signe que nous sommes en train d’apprendre. Repérer l’erreur, l’accepter, la comprendre et la dépasser permet de grandir. Nous considérons le tâtonnement expérimental comme la norme. Dans cette optique, l’évaluation (sans note) est un des stades de l’apprentissage. Trois fois par an, lors de rencontres soigneusement préparées par chacun, le bulletin pose par écrit les réflexions de l’élève, de ses parents et de l’équipe éducative par rapport à son parcours scolaire dans sa globalité. Les efforts et réussites y sont valorisés à travers la constitution par l’élève d’un portfolio. 
Pour permettre à l’enfant d’agir sur son environnement, nous lui proposons des activités en lien direct avec le monde qui l’entoure, des activités qui ont du sens : nous saisissons les occasions d’apprentissage et laissons le bon sens guider nos pratiques. En outre, lors du conseil de classe hebdomadaire et du conseil d’école bimensuel, les enfants vont pouvoir s’essayer à la démocratie participative et ainsi prendre part activement à la vie de l’école. 
Enfin, de manière plus prosaïque, s’activer en classe va aussi passer par la réalisation de “services” pour le bien-être de la collectivité (balayer, vider les poubelles, etc…) sous forme de tournantes régulières.

Une pédagogie du dehors

Entrer en lien avec les autres et le monde qui nous entoure, en particulier la nature, est indispensable pour apprendre le respect mutuel visé par notre démarche éco-citoyenne. Pour cette raison, la pédagogie du dehors nous invite soit à sortir de nos classes et de l’école, soit à y inviter l’extérieur.  Pour inviter l’extérieur dans nos classes nous encourageons : 

  • L’accueil d’expert.e.s ou de passionné.e.s dans nos classes.

  • L’apport des enfants à travers des “surprises” qu’ils pourront présenter, des documents qu’ils pourront ramener de la maison, la présentation d’un sujet qui les passionne, etc.

  • L’écriture de “textes libres” qui permettent aux enfants de faire le pont entre des inspirations liées à leur vie personnelle et les activités scolaires. 

Nous savourons tous les jours la chance d’avoir des classes avec un accès direct à l’extérieur et de bénéficier d’un bel espace boisé. Afin d’encourager un mouvement de l’intérieur de l’école vers l’extérieur,  nous encourageons les pratiques suivantes : 

  • des sorties hebdomadaires, 

  • la création d’un potager et d’un poulailler,

  • une sensibilisation à la protection de l’environnement, 

  • des visites et des échanges avec les artisans, commerçants et travailleurs de la commune,

  • des échanges intergénérationnels (avec une maison de retraite, journée des grands-parents, …),

  • des sorties fréquentes à la rencontre de notre patrimoine, 

  • des visites au musée,

  • des sorties en forêt.

Une pédagogie du chef-d'oeuvre

Nous envisageons deux sortes de chefs-d'œuvre : “ceux que l’on étudie et ceux que l’on fait”, pour reprendre les mots de Philippe Meirieu.

Une importance toute particulière est accordée à la culture et à l’art sous toutes ses formes. La reconnaissance de notre patrimoine culturel commun permet non seulement de prendre conscience de notre identité, mais aussi de forger un sentiment d’appartenance. Visites de musées, excursions, sorties culturelles viendront donc rythmer l'année scolaire. Admirer des chefs-d’œuvre et s'en inspirer : des ateliers organisés en classe permettront ainsi à chaque enfant d'explorer sa propre fibre artistique.

Dans le contexte scolaire, le chef-d'œuvre désigne également un travail de recherche complet sur un sujet choisi par l’enfant, qui clôture son parcours en primaire. Ce travail de longue haleine est un puissant outil d’évaluation des compétences : l’enfant montre tout ce dont il est capable, tout ce qu’il a appris et les liens qu’il peut établir entre toutes ses connaissances. Cette démarche est particulièrement exigeante, et demande à l’enfant de faire preuve de persévérance. S’il signe la fin d’une étape, à la manière d’un rite initiatique, le chef-d'œuvre est préparé tout au long du parcours par la préparation régulière de “causeries” (exposés). Nous favorisons ainsi une démarche intellectuelle et scientifique : 

  • être curieux, se poser des questions, émettre des hypothèses ;

  • rechercher des informations ;

  • traiter les informations, les classer, les comparer ;

  • communiquer ses découvertes ;

  • réaliser des projets qui engendreront d'autres questions.


La pédagogie du chef-d'œuvre développe enfin une facette, explicitée plus haut et dont l’importance n’est pas négligeable : le souci esthétique. Nous entendons par ces termes promouvoir l’exigence d’une qualité de fabrication permettant de se sentir satisfait d’avoir réalisé un bel objet. 

Pour conclure, nous n’insisterons jamais assez sur le fait que l’ensemble des objectifs évoqués doit promouvoir une pédagogie de la réussite et implique que la démarche de formation pédagogique soit professionnelle, technique, sportive, scientifique, artistique mais également humaine et sociale.

Ces différentes options pédagogiques sont détaillées de manière plus concrète dans notre projet d’école.


Pour assurer la qualité de leur mise en oeuvre, le Pouvoir Organisateur de L’Esperluette s’engage donc:

  • À participer aux travaux dans les domaines éducatifs, pédagogiques, méthodologiques proposés par la fédération. Ces activités se situeront dans un climat d’autonomie, un certain éclectisme didactique, dans le respect des libertés méthodologiques et en stimulant la promotion de tous les membres.

  • À promouvoir la formation continuée des membres de son personnel et à les encourager à intégrer dans leur activité quotidienne les technologies récentes.

  • À soutenir les pratiques collaboratives au sein de l’équipe éducative et de l’équipe pédagogique.